LÂME CORSE (1)
C'est une âme rugueuse au parfum de maquis !
Elle emprunte un sentier qui grimpe vers les cimes,
Fond sur une calanque et plonge dans l'abîme
En embrassant le ciel et la mer réunis :
C'est une âme rugueuse au parfum de maquis !
Quand le vent qui gémit devient mélancolique
Elle joint son écho aux chants polyphoniques
Et ces souffles mêlés évoquent le tourment
Qui berce sa douleur depuis la nuit des temps !
Elle écrit sur la stèle ornant nos cimetières,
Un vu qui monte au ciel puis, comme une prière,
S'unit au Vocèro pour dire les remords
Qui hantent nos caveaux, dans le culte des morts !
Quand l'appel du berger rencontre, au crépuscule,
Un grelot qui au loin passe et tintinnabule,
Le silence et la paix sont alors infinis :
C'est une âme rugueuse au parfum de maquis !
Elle est dans ces odeurs de cuisine de pauvres
Ces relents de fromage aux effluves plus fauves,
Elle est dans nos maisons ce qui fait leur midi,
Pour que leur dénuement ressemble au paradis !
Elle est dans tout le noir vêtant la femme Corse
Pour cacher la pudeur ou abriter la force
D'une mère courage honorée et chérie,
Que toujours on respecte et que l'on nous envie !
Elle bout dans le sang de gens qu'on dit barbares
Et qui ont, paraît-il , des coutumes bizarres,
Elle est la rébellion de ce peuple insoumis,
La révolte et l'amour confondus dans un cri !
Oui! Une âme rugueuse émerge de ces luttes
Dont la brutalité est portée aux minutes
De l'Histoire de l'île... elle a pourtant depuis...
Toujours, pour le poète, un parfum de maquis !
(1) Extrait de la pièce de théâtre THEODORE
de Jean-Paul SAVELLI